Le royaume des Broussailles

Des chemins qui se ferment,

Des sources qui se perdent,

Des prés qui disparaissent,

Des murs qui tombent.

Un pays non pas qui meurs, mais qui s’oublie, qui s’endort doucement sous le règne tranquille mais sans partage de sa Majesté des Broussailles.

Les vieux pommiers qui tombent d’oubli dans les sentiers de ronces ne délivrent plus leurs dernières pommes sucrées qu’aux merles et aux rongeurs.

Mais où sont-ils passés, ceux qui ont

Ouvert les chemins,

Trouvé les sources,

Crée les prés,

Monté les murs?

Une chose n’existe réellement que lorsqu’on lui donne un nom. Où est passé ce verbe d’antan roulant comme les blocs de granit et chantant comme la mésange, ce verbe qui brisa le joug des Broussailles pour créer ce nouveau monde?

Le verbe n’est plus et les noms disparaîtront aussi sûrs que l’humidité fait tomber les pierres des terrasses, faisant retourner combes, vergers, prés et sources à l’anonymat de leur nouveau maître bienveillant (mais néanmoins laxiste), la Broussaille.

Je reste là, spectateur immobile entre 2 époques. Mes promenades deviennent des études archéologiques, je foule des ruines. Cette place particulière entre deux mondes antagonistes me permet encore d’appréhender le passé… Mais quel schisme en deux  générations… Faut-il être si certain d’où l’on va pour oublier si rapidement d’où l’on vient?

C’est ainsi que je vois partir ce pays doucement vers le royaume des Broussailles comme filerais du sable entre mes doigts.

L’avenir pour ma part ne m’assure aucunes certitudes. Suis-je comme ils disent un passéiste romantique et incurable que je trouve plus de sens à ces ruines qu’à ce futur qu’on dit glorieux, porté sur le char lumineux de la Modernité toute puissante?

Ne vendons pas la peau de l’ours. Ces ruines, fantômes, cadavres à peines reconnaissables ont nourri en leur temps les centaines de générations avant les deux dernières qui viennent de les oublier. Ces dernières, si elles sont encore là, ne sont plus que les caricatures de leurs aînés. Déboisant, érodant, désertifiant les lieux les plus fertiles pour une fuite en avant, un combat qui n’est pas le leur avant de disparaître dans toute leur magnificence dans un dernier éclat de gasoil.

 

Et sa majesté épineuse de rire à leur triste destinée, avant de reprendre finalement son dû.

 

Le Royaume de la Broussaille transforme tout en page blanche, anonyme. Il me vient à penser qu’un jour viendra, quand les lumières se seront ternies, où il faudra réécrire cette page. Terrible vacuité de l’existence humaine, qu’elle ne tire jamais aucun enseignement…

Néanmoins, mon plus grand souhait sera d’être là à ce moment, pour

Rouvrir les chemins,

Retrouver les sources,

Recréer les prés,

Remonter les murs, …

5 réflexions au sujet de « Le royaume des Broussailles »

  1. Bonjour Mathieu,

    Mais non, tu n’es pas passéiste, juste décalé et nous sommes nombreux en ce moment à nous demander où on va. Cela faisait longtemps que je voulais visiter ton site, super travail et beau texte sur les broussailles. Ancien chevrier, les chèvres m’ont appris à aimer les broussailles, parce qu’elles adorent les ronces mais aussi parce que à l’intérieur de la touffe se trouvent beaucoup d’oiseaux à l’abri des prédateurs.Peut-être que c’est une question d’équilibre et ce qui heurte est la perte d’harmonie ressentie ? Parce que l’harmonie est portée par le verbe et que notre époque nous éloigne de cet essentiel « se construire tout au long de notre vie dans les liens avec nos semblables et les actes posés ensemble ». Il ne suffit pas de manger, les pommiers ne donnent pas que des fruits sucrés, ils animent l’espace, ils sont vivants et nourrissent une part de nous par leur présence et nous rendent les bons soins que nous leur donnons.Bonne continuation l’ami, tu es sur un bon/beau chemin…..La formation AAE continue à travailler en toi comme en chacun de ceux qui l’ont suivi en 2011.
    Bises
    Philippe d’Ariège

    • Salut Philippe, quel plaisir de te voir traîner par ici. J’aime aussi les broussailles, mystérieuses et impénétrables, je les prend comme une transition entre 2 mondes : botaniquement entre la prairie et la forêt. Mais aussi entre 2 civilisations. L’une se meurt (en tout cas dans mon pays) et l’autre est bien loin d’ici, tellement loin. Qu’elles gardent le plus longtemps cet héritage, que ces gardiennes des ruines nous attendent. Car macarel, volem viure al païs!
      J’espère que tout va bien dans ton beau pays. Merci de ton passage, amitiés,

      Mathieu

  2. Quand à moi, si je reconnais une ou deux maisons, un mur, des volets et des pierres, je découvre un fils, nostalgique, rêveur et bougrement lucide… c’est bien quand l ‘élève dépasse le maitre !!
    avec mon soutien sans faille, nos espoirs communs en un autre futur et mon affection… GF

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