Pommes …

Le titre exact devrait être « Plantation d’un pré verger multiétagé à base de pommiers kazakhs, issu des principes de la permaculture dans le cantal », mais j’ai trouvé ça trop long.

La forêt kazakhe, une formation forestière unique, basée sur les rosacées

Au confins du Kazakhstan, au fond à droite vers le Kirghizstan, se trouve un massif forestier unique au monde, protégé depuis des millénaires par des montagnes infranchissables. L’étage dominant (la canopée) est constitué principalement de pommiers, clairsemés sur les crêtes, plus denses dans les fonds de vallées où il peut atteindre trente mètres de haut! Les étages inférieurs sont constitués de plantes pratiquement toutes comestibles : aubépine, prunier, abricotier, rose, vigne, argousier, framboisier, rhubarbe, etc. Berceau du mythe du Jardin d’Eden?

Autre chose, nos amis les ours ont fait un travail admirable de sélection des variétés fruitières les plus intéressantes gustativement, en particulier sur les pommiers : certains de ces pommiers sauvages peuvent produire des fruits savoureux avec un calibre rivalisant avec des variétés commerciales! Attention cependant aux sirènes, seulement 10% de ces pommiers géants ont une valeur gustative véritable! Leur intérêt peut être ailleurs…

Le malus sieversii (car il s’agit bien de lui) en tant qu’ancêtre de nos pommes actuelles est un réservoir génétique extraordinaire, en particulier pour des gènes de résistances aux maladies (tavelure en particulier). Dans le cadre d’un changement climatique ultra rapide et d’effondrement de la biodiversité, la diversité génétique est un gage de résilience fondamental. Peut-être, ces malus sieversii sauveront-ils nos pommiers des modifications qui se profilent?

Structure

Les bandes de plantation (90 mètres linéaires) seront organisées sur les pentes des baissières, ce qui autonomise l’irrigation. En plus de l’eau de pluie et de ruissellement, l’eau du ruisseau en amont peut remplir également les baissières, grâce à un bief existant depuis des siècles sur le terrain. Reliées entre elles par une voie de débordement, l’ensemble des baissières peut être rempli en 1h environ.

On peut définir cette structure comme un pré-verger multi-étagé. Pompeux mais classe.

Pré-verger car les bandes enherbées entre les baissières (9m de large environ) serviront de production de mulch pour les buttes (première coupe) et ensuite de pâture pour nos brebis tout le reste de l’année.

Structure multi-étagée : comme dans la nature (et comme expliqué ici), on va imiter la structure multi-étagée de la forêt. Nous nous baserons sur un postulat de 5 étages complémentaires. Pour chaque ligne de plantation, nous aurons donc :

  1. un étage dominant, la canopée
  2. les arbres fruitiers classiques, plus petits
  3. les arbustes à fruits
  4. les petits fruits
  5. les vivaces

Nous avons 3 baissières de 30 mètres, chacune sera plantée avec des séquences et des essences différentes, dans l’idée de mettre un minimum d’ordre dans ce faux chaos.

Il y aura 2 lignes de plantations sur la butte, la dernière, côté sud, sera surtout constituée de vivaces.

Les malus sieversii seront très espacés : 9 m sur la bande et autant entre les bandes. Ils sont en effet légèrement vigoureux…

Cet arbre a entre 3 et 4 ans...

Cet arbre a entre 3 et 4 ans…

Des partenariats avec des plantes ou familles de plantes socio-écologiquement similaires et discriminantes :

Chaque formation végétale est un véritable organisme en lui-même. Les interactions entre toutes les espèces (végétales, animales, comme fongiques) sont incroyablement complexes, tant au niveau de l’assimilation des minéraux, des hormones, de la résistance à la sécheresse, de la sélection naturelle etc, etc. Ces interactions donnent le tournis et font montre de l’extrême complémentarité des plantes spontanées. Encore un exemple, s’il en faut que la monoculture est une aberration agronomique.

Les relevés des plantes sauvages les plus souvent présentes dans les forêts kazakhs autour des malus sieversii donnent ceci :

  1. pirus communis (poirier commun)
  2. crataegus monogyna (aubépine monogyne)
  3. quercus pedunculata (chêne pédonculé)
  4. hedera helix (lierre)
  5. lonicera peryclimenum (chévrefeuille des bois)
  6. pteridium aquilinum (fougère aigle)
  7. prunus spinosa (prunelier)
  8. corylus avelanna (noisetier commun)

Je m’arrêterais ici car ce sont les 8 espèces les plus présentes. A cela on peut néanmoins rajouter une diversité incroyable de poiriers sauvages (pirus com. subs piraster, subs cordata, pirus malus -notre pommier sauvage-, et sa sous-espèce subs silvestris, pirus amygdaliformis).

Qu’est-ce que ça veut dire? Que toutes ces plantes ont un rôle fondamental à jouer pour malus sieversii, et l’inverse est également vrai. Lequel, on ne sait pas encore…

Il y a donc tout intérêt à se rapprocher de la formation végétale originelle du pommier kazakh pour optimiser sa croissance et son rendement.

J’ai beaucoup de chance car il se trouve que mon lieu correspond en bien des points à ce listing végétal : c’est -excepté le poirier commun- la liste des plantes les plus représentatives autour du verger! Un hasard? allons donc…

L’idée est également d’adapter un peu cette formation végétale avec des essences plus « comestibles », tout en conservant bien sûr les familles, par exemple :

  1. le poirier commun : le choix est grand!
  2. l’aubépine : elle ne donne pas de fruits à se rouler par terre. Rien n’empêche d’en planter et de greffer dessus néfliers, cognassiers, poiriers.
  3. le chêne pédonculé : il va rester autour du verger, où il est très bien comme ça, de même que le lierre commun et la fougère aigle, omniprésente autour.
  4. le chèvrefeuille des bois : en le remplaçant par lonicera caerulea var. kamtchatica (baie de mai, même famille), on obtient un délicieux petit fruit, non grimpant qui semble beaucoup se plaire ici. Sinon il se trouve déjà naturellement dans la haie en contrebas…
  5. le prunelier : d’autres variétés de prunus plus intéressants peuvent être utilisés à sa place : j’ai en stock du ragouminier (prunus tomentosa), du prunier Reine-Claude (se reproduisant par lui-même sans greffe), je compte rajouter également des variétés d’abricotiers tardives. Ce qui n’empêche pas, comme pour l’aubépine, de planter du prunelier pour greffer autre chose dessus.
  6. le noisetier : j’ai fait des semis l’année dernière de grosses noisettes (origine inconnue), c’est le moment de les replanter, attention néanmoins aux distances de plantation!

Utilisation en pattern des guildes de plantes

Pourquoi s’arrêter là? allons encore plus loin : comme déjà expliqué ici, la Nature est bien faite et l’on trouve quasi-systématiquement des associations végétales spontanées ayant des fonctions complémentaires, c’est ce qu’on appelle les guildes.

Ces dernières comprennent :

  • des plantes fixatrices d’azote : eleagnus multiflora (goumi du japon), hippophae ramnoides (argousier)
  • des plantes reminéralisantes, ici en l’occurrence : consoude B14, oseille, oseille-épinard
  • des plantes attirant les insectes
  • des plantes aromatiques
  • des plantes mellifères (qui peuvent être les 2, les 3, mais pas nécessairement!)
  • des plantes couvre-sol : rhubarbe, rubus divers, fraisiers, vivaces diverses.

La plupart des vivaces seront plantées dans un 2ème temps, il me reste encore pas mal de multiplication et  de récupération par-ci par-là.

C’est donc l’étude de ces 3 patterns différents (guides de plantes, étagements respectifs et plantes socio-écologiquement discriminantes) qui ont abouti à un plan de plantation spécifique et orienté autour du pommier kazakh.

principe plantation pré-vergerRemarque : Il s’agit ici du plan de plantation concernant uniquement les arbres et arbustes à fruits.

Une autre bande de 50 mètres de long, bordant le pré du voisin a également été plantée ce jour-ci selon le même principe : cerisiers/pêchers de vigne/sureaux/framboisiers.

Il me reste à faire le compte des manquant et passer mes dernières commandes pour le printemps.

Un chantier participatif

SAMSUNG

C’est grâce au coup de main salvateur d’amis cantalous, aveyronnais (et  même moins locaux) rassemblés autour d’un magnifique dimanche de janvier que ces plantations ont été réalisées. Un grand merci encore pour cette belle journée, avant-goût prometteur de liens solides en construction!

Un grand merci aussi à Hervé, agronome « chercheur atypique », poète et optimiste à toute épreuve pour toutes les petites graines qu’il met en terre et qui seront peut-être, qui sait, les futures forêts fruitières de demain!

Sources :

http://limousin.synagri.com/ca1/PJ.nsf/TECHPJPARCLEF/12425/$File/pomme%20kazakh.pdf?OpenElement

http://www.originedelapomme.com/lefilm.html

4 réflexions au sujet de « Pommes … »

  1. Bien joué !

    T’as pas précisé si tes pommiers kazak seront greffée ou non, taillée ou non, issu de semis, sélectionné sur quel critère.
    9 mètres entre les arbres, comment as-tu défini cette distance ? (à titre perso et sans infos complémentaires, elle me parait courte pour des arbres de très grandes tailles)
    T’as-tu des idées sur les dimensions attendus des arbres adultes ?

    a+
    Moilamain

    • Salut Moilamain, comme tu as vu la longueur du post, j’ai fait l’impasse sur pas mal de truc. Qu’à cela ne tienne!
      – l’idée est de laisser ces pommiers faire leurs premières pommes, voir si ça vaut le coup ou pas, niveau gustatif, taille, vigueur, etc. L’idée de ce projet de grande ampleur (je ne suis pas seul à faire parti du truc) est avant tout d’avoir des retours d’expérience sur des terroirs très différents. C’est un dispositif expérimental « participatif ». Ensuite après les premières pommes, libre à moi de voir ce que je veux en faire. Je pensais surgreffer les pommes inintéressantes et laisser les autres mais je n’ai rien arrêté pour le moment. Vu la mise à fruit tardive, j’ai le temps d’y penser 🙂
      – les arbres sont issus de semis, déjà sélectionnés pour la taille et la saveur du fruit. Ils sont les bébés de pommiers installés aux USA depuis des années, avec une quarantaine sanitaire.
      – J’ai arrêté la distance de 9 m parce qu’après ça rimait plus à rien sur une ligne de 30m. Le terrain est en pente (donc étagement des lignes, donc plus de lumière) et les pommiers sont en quinconce sur les 3 lignes. Je ne m’interdit pas non plus de sélectionner telle ou telle branche si elle me gène.
      – dans leur milieu naturel ils peuvent monter jusqu’à 30m. Ils ne sont pas dans leur milieu naturel, et s’ils montent vraiment à 30m, et bien ce jour-là, je ne serais plus là pour m’en plaindre!

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