Plasticulture VS Nature

N’en déplaise aux nostalgiques d’une campagne française fantasmée à la Jean-Pierre Pernault, la dégradation des territoires ruraux franchouillards avance à grands pas et l’agriculture conventionnelle regorge de merveilles pour finir le boulot. Entre les remembrements des années 70/80, l’arrachage systématique de tout ce qui n’est pas de l’herbe, la canalisation des sources et drainage des zones humides, le recours systématique aux produits en « cides », semences industrielles, plantes mutées et autres OGM, la liste est longue et se rallonge.

La dernière aberration agricole en vogue, et bien je l’ai prise en pleine gueule, directement devant chez moi il y a peu, par une belle fin d’après-midi :

Admirez la perspective

Tour à tour atterré, hors de moi, désespéré, puis fermement motivé, je décidais d’essayer de comprendre ce qui pouvais pousser des paysans exploitants agricoles à transformer nos pittoresques montagnes à vaches en un début d’Almeria.

Le principe est de créer un mini effet de serre sous du plastique « oxo-dégradable » (je démonterais ce truc plus loin) pour hâter le semis (et donc la récolte) de maïs fourrage et à grains dans les régions à printemps froid. C’est en général employé au nord de la Loire, Bretagne particulièrement.

Une machinerie de guerre

Ce système, mis en place par l’irlandais SAMCO, nécessite un outillage digne de Transformers : la « plastisemeuse » (si,si) comprend, à l’avant du tracteur, une réserve de produit phytosanitaire de 1 100 L pour le désherbage et à l’arrière le semoir, les buses de pulvérisation et les supports de bobines de film (voir les photos. Ou pas).

Chemical brothers

La firme nous explique que « dans la plupart des élevages l’engrais est disponible sous forme de lisier ou fumier mais le dosage d’azote a souvent besoin d’être revu à la hausse. » Comme ça au moins on est sûr…

L’un des problèmes majeurs pour cette technique c’est que le maïs ne profite pas tout seul de l’effet de serre, les « adventices » aussi. Et bien doublons les doses ! La machine SAMCO sème la graine dans un sillon formé par le semoir, puis pose le plastoc sur le sol avant de pulvériser un herbicide de prélevée à l’intérieur et à l’extérieur du plastique « pour un meilleur contrôle ». Bien entendu il est conseillé de rajouter de l’anti-limace sous le plastique. À la perforation des plants, un deuxième passage sera effectué avec un herbicide post levée. Comme ça au moins on est sûr…

Quand on se renseigne un peu sur les désherbants du maïs on apprend qu’ils sont principalement composés de S-métolachlore, un perturbateur endocrinien notoire.

Cerise sur le gâteau, après vérification in situ, il s’agit de maïs enrobé au Cruiser de Syngenta, le médiatique insecticide de la famille des néonicotinoïdes, responsable prouvé des hécatombes d’abeilles.

Pour finir la gabegie, quelques semaines avant, le sympathique jardinier avait passé tout son terrain au round-up. Comme ça, la charrue glisse toute seule…

DSC00819

Au fond, une petite ferme en permaculture grelotte…

La supercherie de l’oxo-dégradable

Ces plastiques, appelés à tort « oxo-biodégradables » ne sont en faits pas plus écolos que des sacs poubelle. Une étude du DEFRA (le UK Department for Environment, Food and Rural Affairs), explique que les fragments oxo-dégradables abandonnés à l’air libre se délitent en petits fragments dans un laps de temps compris entre deux et cinq ans. Après quoi la biodégradation de ces petits fragments est « très lente », observe-t-elle. « Nous en concluons que les plastiques oxo-dégradables ne présentent aucun intérêt écologique, » explique le rapporteur Noreen Thomas au magazine Nature.

Ces plastiques ne sont pas compostables car les fragments dénaturent le compost au point de le rendre inutilisable. De plus, ces matériaux ne sont pas recyclables selon la méthode traditionnelle pour les plastiques car les additifs qui favorisent leur délitement corrompent aussi le produit recyclé. Le rapport recommande ainsi de ne pas utiliser ces plastiques dans le recyclage mais de les incinérer ou de les enfouir… Bref, comme les sacs plastiques traditionnels…

C’est beau comme un fossé d’autoroute

Des variétés adaptées à la technique

Parce que, bien entendu, il faut des variétés SPECIALES de maïs pour arriver à crever la bâche plastique. Mais pas de problèmes, SAMCO travaille avec PIONEER (firme semencière et chimique de sinistre mémoire) pour élaborer les variétés-qui-vont-bien. L’adaptation au sol, au climat, à la disponibilité en eau etc ? Nous ne sommes plus dans le terroir, nous sommes en laboratoire.

Au final

Le surcoût de cette méthode est de 400€/ha (!) pour un rendement en matière sèche supérieur de quelques tonnes à l’hectare (les sources ne sont pas d’accord sur les chiffres) et pour l’intérêt de semer un peu plus tôt dans la saison. L’opération est-elle vraiment intéressante ? On trouvera toujours des gogos pour l’affirmer.

Néanmoins quand on prendra en compte :

  • le désastre environnemental,

  • le désastre paysagé (avant c’était joli),

  • le bilan carbone,

  • et encore plus globalement l’énergie grise (somme de toutes les énergies nécessaires à la production, à la fabrication, à l’utilisation et enfin au recyclage des matériaux ou des produits industriels),

et bien tout ce beau monde peut aller se rhabiller et faire vite un jardin potager pour manger.

Ce sont uniquement Syngenta, Pioneer, les vendeurs de machines agricoles, de pétrole et de dérivés pétroliers, tout l’agrobusiness qui profitent de ces techniques. Ces techniques qui nourrissent à peine des « exploitants » surendettés payés par des primes de l’Europe et non par leur travail et qui ne nourrissent personne hormis du bétail malade et bourré d’antibiotiques. Des personnes du terroir qui sans s’en rendre compte dilapident leur patrimoine familial (à quoi sert d’avoir des hectares si le sol est mort et l’eau empoisonnée) mais aussi et surtout le patrimoine de l’humanité.

A quel prix payons-nous tous cette fumisterie?

Comment concilier la cohabitation de 2 systèmes totalement opposés, dont l’un est totalement mortifère et qui possède pourtant terres, pouvoir local et national?

C’est toute ma réflexion quand je regarde autour de moi, autour de nous, qui essayons de travailler avec et pour la Nature. Qui tentons par nos expérimentations de créer des systèmes sains et nourriciers, régénératifs, qui aggradent le sol, stockent du carbone et purifient l’eau. Des systèmes à long terme où la biodiversité est le but mais aussi l’outil.

Viens alors pour moi cette question : Quelle est la place d’une (toute) petite ferme en permaculture au milieu de mégastructures conventionnelles qui possèdent des bassins versants entiers ? Une oasis ? Un exemple ? Ou une anomalie ? Une source de plaisanterie ?

Je dois dire que la problématique du droit à l’attribution des terres me travaille depuis quelques temps, et de plus en plus. C’est une question de justice, d’intérêt collectif, voire de survie à moyen terme. J’espère juste ne pas avoir a attendre la prochaine GROSSE crise alimentaire pour qu’enfin les vraies problématiques soient mises sur table et qu’on donne tribut à des techniques, des éthiques qui nourrissent et respectent le sol et l’homme.

Sources :

http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2834_plastiques_degradables.php

http://www.samco.ie/fr/

http://www.bretagne.synagri.com/ca1/PJ.nsf/TECHPJPARCODE/00018490?OpenDocument

http://www.paysan-breton.fr/article/9457/%26%2365279%3Bmais–un-film-perfore-qui-protege-la-plantule.html

http://agriculture-de-conservation.com/Reflexion-sur-la-fertilite-au.html?id_mot=7

http://www.journaldelenvironnement.net/article/des-graines-de-mais-traitees-aux-insecticides-menacent-les-abeilles,27865

 

5 réflexions au sujet de « Plasticulture VS Nature »

  1. J avais vu ça en Beauce, dans le Loiret. J etais sciée de voir du plastique au sol. Deja un sol nu c est vilain, sans parler de ce qu lls mettent pour y faire pousser… euf quoi au fait ? Des legumes, céréales que je ne mange jamais. Enfin si mais pas les leurs ! Beurk. C est une honte.

    Toujours est il que vous m avez apporté les réponses aux questions que je n ai pas manqué de me poser en voyant ces étendues de bâches plastiques.

    Si seulement on octroyait à chacun un espace, même nu, pour qu il y construise son habitat, même en terre paille, avec les moyens du bord, son potager, son espace de vie… Mais je m egare, ce serait moins, de consommation en supermarché, moins d essence plus de tout, mieux, presque gratuit… j arrête de sortir des idées folles, ils seraient capables de se venger en nous imposant une taxe sur nos potagers !

    Merci pour ces infos, ce site, ce puits de science auquel je me réfère souvent.

    • je suis d’accord qu’il y a de quoi s’interroger sur le plastique…
      mais pour la partie désherbage faudrait se renseigner avant d’écrire n’importe quoi… (surtout que l’intérêt de la bâche est de pas en mettre dessous ou dessus)
      et c’est 1080l d’ EAU et 20l de désherbant dans la cuve!!!!!!!

      quand à l’anti-limace dans du maïs …mdr

      dommage également d’aller taper sur les agriculteurs qui travaillent et la taille des structures qui n’a rien à voir la dedans…

      bref un article de bobos qui mettent des litres de « round-up » dans leurs allées de jardins et qui vont acheter du bio en 4×4 (mais c’est pas pareil..) pour les autres bobos qui croient toutes ces c…..eries sans savoir et surtout sans réfléchir

      • Bonjour Steph, merci de ton commentaire.
        concernant le descriptif du désherbage de cette technique, je me suis juste basé sur les fiches techniques des fabricants et revendeurs. Et oui, ils préconisent de l’antilimace. Et oui, dessus et dessous la bâche. Car oui, je me suis tapé toutes les sources que tu vois en bas de l’article, ce que tu ne feras pas. Cet article se veut factuel, sourcé et objectif pour justement qu’on ne me reproche pas ce que tu sembles reprocher. Sortir du pathos et chercher, lire, apprendre pour tenter de comprendre le pourquoi et le comment, pour APRES se permettre un avis éclairé (et éventuellement pousser un coup de gueule justifié).
        Chose que tu devrais faire de temps en temps car tu sembles avoir une idée bien préconçue des gens en général et de ceux qui s’intéressent à la permaculture en particulier. Donc maintenant tu sais, il ne te reste plus qu’à réfléchir. Bon courage.

  2. bonjour Mathieu, merci de ta réponse.

    je ne fais dans mon commentaire que dénoncer la caricature de l’agriculture que tu retransmets ici.
    Je ne critique pas ton travail de recherche mais pour ce qui est de la réflexion, tu te trompe complétement de personne…

    cependant, « tu t’es tapé toutes les sources » sauf la seule qui compte: que fait-on réellement sur le terrain: les fabricants se couvrent et te fournissent les doses d’homologation, dose que l’on utilise jamais!!

    En réfléchissant un peu, il est facile de comprendre que ce plastique va servir de bâche de paillage et empêcher les adventices de se développer, alors avec un binage dans l’inter-rang on peut se passer d’herbicide (peu être une petite bande sur le rang au pire)…

    le gros problème de la technique (outre le prix exorbitant) c’est le plastique! à moins que ce soit de l’amidon (donc biodégradable rapidement et totalement), ce qui m’étonnerait ou qu’il soit ramassé après, ce qui semble impossible, effectivement, pour cette partie là, il y a de quoi être révolté!!

    je ne sais pas chez toi, mais chez moi, les particuliers achètent tous de la bâche de paillage pour leurs jardins pour de pas avoir à s’en occuper: à part pour les patates, ils en mettent à peu près partout!! les mêmes critiqueront….

    alors je suis d’accord que chacun pense ce qu’il veut mais faut arrêter de taper sans arrêt sur les mêmes! il reste des gens qui font n’importe quoi mais la majorité veut faire mieux et progresse tous les jours et respecte les sols.

    mais continuons ainsi comme cela demain on mangera 100% bio d’amerique du sud (sans aucune tracabilité et aucun contrôle) voir de chine, ça sera plus sain et bien meilleurs pouir la planette….

    • Salut Steph,
      « il est facile de comprendre que ce plastique va servir de bâche de paillage et empêcher les adventices de se développer ». Faux. Tu n’as pas bien lu l’article (ni les liens connexes). La bâche translucide sert de « micro serre », donc n’empêche en rien le développement des adventices mais au contraire les booste. D’où l’antigerminatif et le reste.
      Je suis en outre totalement d’accord sur l’abbération du paillage plastique partout. Qui ne se décompose pas mais se fragmente en microparticules qui restent dans le sol ad vitam (ou migrent vers les ruisseaux, la belle affaire). Le problème c’est que là on est sur des surfaces de plusieurs hectares d’un seul tenant, des bassins versants entier! Ce que je peux comprendre de particuliers loin de la terre qui reproduisent par mimétisme ce que font leur voisin sans réflexion, j’ai du mal à l’accepter de personnes dont le travail, la culture, la passion c’est la Terre et la connaissance de son fonctionnement. Il faut arrêter la victimisation incessante façon FNSEA. Je suis désolé, il y a ceux qui font du bon travail, j’en connais beaucoup, et ceux qui font, comment dire… Et sur ceux-là, non je ne m’arrêterais pas de leur taper dessus. C’est leur terrain, mais le sol, l’eau et l’air et tout ce qui vit autour sont le bien commun de l’humanité (en tout cas du mien et de mes gosses) et je pense être assez factuel et technique pour leur dire en face qu’ils font de la merde. Merci en tout cas de ta réponse (et désolé pour le retard).

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